dimanche 15 novembre 2009, par Djunes
La première fois qu’il la rencontra, c’était dans la Rue aux Chats, une rue longue, aux trottoirs étroits, où se côtoyaient d’anciennes petites maisons inviduelles agrémentées de jardins en contrebas, invisibles de la rue et que seuls les arbres qui dépassaient les murs de clôture en pierre laissaient deviner. Il découvrait cette petite ville provinciale où il était arrivé la veille pour rencontrer le notaire s’occupant de la succession d’une vieille tante à lui récemment décédée qui l’avait couché sur son testament comme légataire universel. La surprise à la lecture de ce courrier n’avait eu d’égal que le remord d’avoir laissé si longtemps la vieille dame sans lui donner de ses nouvelles.
Il faut dire qu’à trente cinq bientôt, entre une vie professionnelle surchargée - il travaillait pour une société de recherches informatiques de haut niveau - et le temps qu’il consacrait à ses loisirs de célibataire heureux de son sort, Léonie, qui était en fait une grande-tante, lui était un peu sortie de l’esprit malgré le souvenir délicieux qu’il en conservait.
Elle devait avoir une petite soixantaine la dernière fois qu’il l’avait vue, lui une quinzaine d’années et il revoyait une dame charmante, au teint délicat, des cheveux que l’on l’on apercevait légèrement crantés tirés en un chignon gracieux d’où s’échappaient quelques mèches folles striées de blanc.
Outre sa maison, les meubles qui s’y trouvaient , sa bibliothèque remplie de livres de qualité et quelques valeurs mobilières, Léonie lui avait laissé ses bijoux dont une étonnante bague en or rose, ornée de diamants taillés à l’ancienne, que le notaire lui avait remise dès leur rencontre de la veille en lui disant que la défunte y attachait une grande importance, lui demandait d’en prendre le plus grand soin et de ne jamais s’en séparer. “Une longue et troublante histoire y est attachée” ajouta t-il mais il s’arrêta là.
Comme il déambulait dans cette rue au charme désuet, il vit une plaque discrète apposée au portail en bois de l’une de ces maisons de ville portant l’inscription “Mona” et en-dessous, en petites lettres repassées à la gouache vernissée : “Détective-médium”. “ Reçoit sur rendez-vous”. Suivait un numéro de téléphone.
Il resta un instant médusé devant la nomination d’une profession aussi insolite se demandant s’il avait une seule fois dans sa vie entendu parler d’une telle activité. Détective-médium ! Lui, le cartésien, le scientifique, l’ingénieur informaticien capable d’intégrer des composants logiciels et matériels pour concevoir des ensembles informatiques complexes, formé aux techniques d’analyse, restait pantois devant cette ahurissante petite plaque en cuivre terni qui avait accroché son regard.
Levant les sourcils, l’air amusé, il allait poursuivre sa promenade et avait déjà fait quelques pas plus loin lorsqu’il entendit le bruit d’une porte que l’on ouvrait ou refermait. Il se retourna et aperçut alors une jeune femme à l’allure vive qui sortait de cette maison justement.
L’air pressé, elle ne lui accorda pas un regard et se dirigea dans la direction opposée à la sienne, en jetant d’un mouvement vif dans son dos l’écharpe dont elle se garnissait le cou. Instinctivement, Mathis, Mat pour les intimes, revint alors sur ses pas, nota sur son agenda le numéro de téléphone de la mystérieuse Mona et prit une petite rue en pente qui reconduisait vers le centre.
Mona, car c’était effectivement elle qui venait de sortir de chez elle et non pas une quelconque visiteuse, avait crée son agence y aurait bientôt un an au mois d’Avril prochain et...