dans un premier temps se demanda si Loulou n’avait pas épuisé son stock de neurones !
Puis Loulou, voyant le regard inquiet et compatissant de sa collègue préféra ne pas ébruiter trop l’affaire pour le moment. Le garder pour soi était difficile mais probablement plus aisé que rependre des rumeurs assassines. Son excentricité vestimentaire la plaçait déjà en porte-à-faux, il ne fallait pas donner le bâton à ceux qui rêvaient de le prendre.
Elle passa une journée au bureau, sans y repenser.
A la fermeture des bureaux, elle se pencha pour attraper son sac et pendant une fraction de seconde, une impulsion lui traversa tout le corps. Son problème du matin ressurgissait. Elle en eu la chair de poule.
Elle resta quelques secondes assise à son bureau, le temps de remettre ses idées en place et se décida finalement à rejoindre sa voiture au sous-sol.
Pendant le trajet du retour, elle se demanda ce qui pouvait l’attendre à la maison. Aurait-elle de nouvelles surprises ?
Elle se jura de faire abstraction des évènements du jour, sauf si cela devait recommencer. Et pour trouver l’appui de Nana, elle était dans l’obligation d’apporter une preuve de ce qu’elle pourrait avancer.
Oui, mais voilà, à peine arrivée chez elle, sitôt déshabillée et tout juste le temps de se prendre un petit remontant, histoire de, elle n’a qu’une idée en tête : vérifier qu’elle a bien cherché ce matin, on ne sait jamais.
Un peu de musique de fond histoire de se mettre le coeur à l’ouvrage et elle retourne dans son placard à chaussures, un vrai musée dans lequel sont alignées des pompes toutes plus excentriques les unes que les autres .
Loulou adore les chaussures entre autres accessoires vestimentaires et rien ne lui paraît trop kitch . Elle s’arrête sur une paire de boots, tout ce qu’il y a de branchées, en peau de serpent vert vieux-caca-d’oie qu’elle n’a pas mises depuis longtemps : "Tiens, j’les avais oubliées celles-ci, ça irait bien avec ma salopette mauve ".... Elle sort aussi la paire d’à côté, waouh, trop belles aussi, look rétro, bouts pointus, petits talons Louis xv revus et corrigés façon collection 2009...., “Tiens, j’vais les mettre demain celles-là” et en les prenant, elle aperçoit juste derrière ses petites ballerines blanches. Incroyable ! De toutes façons elles ne sont pas à leur place... !
Une relichette de porto s’impose avant de passer aux DVD.
Elle garde le plus facile pour la fin, les toilettes, histoire de ne pas se faire trop de frayeur d’emblée, car là, pas de doute, elle sera tout de suite fixée. Mettons que pour une fois, pour une fois seulement, elle se soit mélangé les pinceaux avec ses ballerines.
Et d’un pas décidé, le vieux porto préféré de sa feue mémé aidant, elle...
Un policier se tenait devant la porte d’entrée, portant la main à son front pour tenter d’apercevoir l’intérieur de la maison sans que les reflets du grand carreau de la porte ne le gênent. Dans sa main gauche, le fameux rouleau de papier hygiénique, et sous son bras, ce qui lui semblait être quelques dvd, sans leur boîtier !!! Tétanisée, elle se demandait si elle allait aller ouvrir la porte, mais elle ne pouvait faire un pas, et s’écarta de la petite fenêtre du cagibi, trop visible de la porte d’entrée. Le policier martela à nouveau sa porte, et en l’absence de réponse, résolut de retourner à son véhicule, après avoir déposé le rouleau de papier hygiénique et les disques par-dessus. Elle attendit quelques secondes après le départ du policier, courut à la porte d’entrée, l’ouvrit, s’accroupit pour ramasser les objets de toutes ses inquiétudes, quand elle s’aperçut qu’il ne s’agissait pas du même papier hygiénique : celui-ci était rose également, mais beaucoup plus fin, et les dvd n’étaient pas de la même marque que les siens. Un sentiment de malaise la submergea, et elle eut la nausée ; un frisson des plus désagréables lui courut le long du dos. Il n’y avait pas un mot dans la boîte aux lettres, pas de carte non plus ; si seulement elle avait ouvert à ce policier, au moins en aurait-elle appris un peu plus... Mais pourquoi la police ?
Soudain elle se demanda si les disques - qui n’étaient donc pas les siens - étaient au moins gravés. Elle se dirigea vers le lecteur au fond du salon et, comme elle l’allumait, sursauta comme si elle avait pris une décharge d’électricité : le téléphone sonnait ... Elle en lâcha les disques et le papier, dont le rouleau se dirigea en se déroulant sous le canapé. Elle resta figée un instant, puis s’approcha de la petite table d’où provenait à présent son angoisse. Elle s’apprêtait à décrocher quand le téléphone se tut...